Entretien avec Nicolas Cazalé

Article paru dans l'édition du 19 avril 2003 du journal " L'Humanité"

Cliquez pour agrandir l'imageNicolas Cazalé est un nom à retenir. Acteur, réalisateur de court métrage, à vingt-six ans, Nicolas est en devenir. Robinson Crusoé réalisé par Thierry Chabert pour France 2 sera diffusé pour les fêtes de fin d'année 2003. Depuis Nicolas Cazalé a joué dans Trop plein d'amour réalisé par Steve Suissa, fin 2002. Il tourne actuellement avec Ismaël Féroukhi, le Grand Voyage en Bulgarie, en Turquie et au Maroc. Aujourd'hui, il irradie dans le dernier film de Gaël Morel, les Chemins de l'oued.

- Quels étaient vos rêves d'enfant ?

Nicolas Cazalé. - Lorsque j'étais petit je ne rêvais pas et ne me rêvais pas. Ah si peut-être en grand sportif ! J'allais rarement à l'école. J'étais un fou de sport et me voyais en grand footballeur. Mon père était passionné de cyclisme. L'été, on regardait le Tour de France et je me voyais en grand champion de cyclisme sur la ligne d'arrivée, les bras levés et pas du tout en acteur. Ça m'a pris très tard. Juste avant de partir à Paris. J'avais dix-huit ans.

Le déclic s'est fait au moment où j'ai passé mon bac, j'avais un professeur de français intéressant en première et j'ai poursuivi en terminale avec la philosophie. J'avais dix-huit ans et une fille me demandait tout le temps de venir la voir jouer au théâtre. Je ne me voyais pas le cul sur un siège sans pouvoir embrasser ma copine. Un jour je suis allé la voir. C'était une répétition. Il s'est vraiment passé quelque chose de fort. J'avais mal au ventre. Une autre forme de défi s'imposait à moi, j'ai immédiatement décidé de faire ce métier. J'ai écouté mon cour. J'ai passé le bac, j'ai bossé deux mois avec mon père et, en septembre, je suis monté à Paris. Le théâtre s'était imposé à moi, c'était mon chemin. Je devais reprendre l'entreprise de mon père, faire des études commerciales. Il a fallu que je lui dise non pendant cinq ans. Lui était sûr que j'aurais été de retour trois mois après. Je ne suis jamais rentré.

- Quelles étaient vos possibilités à Paris ?

Nicolas Cazalé. - À l'époque, j'étais intéressé par le Candide de Voltaire. L'idée de " cultiver mon jardin " me plaisait. Quelqu'un m'avait dit que mon nom Cazalé voulait dire " petit jardin " en béarnais. Mon père est originaire du Béarn, je suis né à Pau. En terminales, je me suis passionné pour le Bonheur de Gide. Je n'étais pas très heureux et l'altruisme qui se dégage de ce livre m'a touché. Je trouvais très beau que le bonheur puisse venir du bien fait aux autres. Après je me suis mis à lire. À Paris, je me suis fait happer par un monde qui n'était pas le mien, un monde artistique, un monde d'idées. Je me suis inscrit au cours Florent que j'ai quitté rapidement. Ça ne me plaisait pas. Je ne voulais rien devoir à personne. Je me suis toujours bagarré tout seul. Les élèves qui allaient aux Bains-Douches pour essayer de rencontrer Machin, ce n'était pas mon truc. J'étais bien tout seul et me sentais mal dans un cours de théâtre, j'avais l'impression de me scléroser. Le midi, je rentrais dans mon petit six mètres carrés, je bouquinais, je marchais. Je crois que lorsqu'on veut faire quelque chose personne ne peut vous en empêcher. Je n'ai jamais dévié, j'avais toujours en moi ce premier choc m'indiquant mon chemin. J'ai passé deux cents castings avant de décrocher mon premier petit rôle dans un téléfilm de France 2. J'ai trouvé un agent rapidement, c'est une femme que j'aime passionnément, qui a cru en moi. J'aime que les choses se passent en une seconde. Elle ne m'a jamais lâché et pourtant je suis parti voyager pendant quatre ans sans lui dire. À mon retour, elle m'a demandé de couper mes cheveux.

- D'où venait cette idée de voyager ?

Nicolas Cazalé. - Je devais partir pour mieux revenir. Mes voyages ont été mes universités. Une manière de remettre des choses en place. J'ai bourlingué en Guadeloupe, à la Réunion, en Israël, au Canada. Je n'étais jamais sorti de ma campagne. Quand j'allais voir mon père au village et que je retrouvais mes potes sur les marches de l'église en train de siroter des Kronenbourg, je savais que j'étais un aventurier. Comme ma mère ! Elle n'a jamais pu voyager mais en avait le désir. C'est une battante et j'ai compris qu'elle m'avait transmis sa force de vaincre. Elle m'a offert un petit bracelet sur lequel était inscrit Croire. C'est un vrai désir de vouloir être comédien.

- D'où venaient les difficultés de faire ce métier ?

Nicolas Cazalé. - On ne m'engageait pas parce que j'avais un accent du Sud-Ouest, on cherchait un Arabe, je " fais " un peu arabe mais pas complètement. Je me suis battu contre ces idées toutes faites et puis, un jour, il y a eu une petite porte qui s'est ouverte. Je me suis engouffré dedans. C'était un rôle de Gitan dans un téléfilm de France 2, le Pénitent. J'ai alors compris que mes voyages m'avaient nourri. J'avais vingt-deux ans, je n'ai plus rien fait pendant un an et demi. J'ai rebondi sur une pièce de théâtre que j'ai adorée, Vie et mort de Pasolini. J'étais son assassin. C'était surtout une rencontre magnifique avec Michel Azama, qui a tenu compte de ma nature et m'a enseigné en travaillant comment m'en servir. C'est quelqu'un que je vois toujours avant de m'engager dans un film. Il disait que j'étais l'ange de la mort.

Puis j'ai eu un petit rôle dans Bella Ciao de Stéphane Giusti et une très belle scène avec Alain Delon dans Fabio Montal. C'était un vrai plaisir de jouer avec lui, il a pris le temps de discuter avec moi. Une belle rencontre !

- Avant de trouver enfin le bon chemin.

Nicolas Cazalé. - Oui, dans le film de Gaël Morel, les Chemins de l'oued. J'ai le premier rôle. C'est un très beau personnage et j'ai eu encore une vraie rencontre avec ce metteur en scène comme on en rêve. J'ai peu travaillé mais toujours avec des gens que j'aime beaucoup. J'ai tourné cinq jours avec Delon mais c'est un vrai type avec qui j'ai parlé vrai. Avec Gaël, j'ai un grand rôle : celui d'un jeune garçon mi-algérien mi-français qui vit en banlieue parisienne et se retrouve impliqué dans une salle histoire. Quand sa mère l'apprend, elle l'envoie au bled pour qu'il échappe à la justice française. Là-bas, il découvre son pays et son grand-père mourant. Il rencontre sa cousine, enceinte d'un terroriste, et son cousin, revenu de Paris. Lui, culpabilisé, n'arrive pas à goûter la vie et souffre. Jusqu'à la fin du film...

Ma mère est algérienne et l'Algérie me touche. Je n'y suis jamais allé. J'ai envie de découvrir là où elle a vécu. Le film s'est tourné au Maroc où les gens me disaient que j'étais algérien, non pas marocain. Ça me touchait vraiment. Mes racines commencent à bouger en moi. J'irai un jour. Ma mère est juive et je suis allé en Israël pour cela.

- Serait-ce à la recherche d'une certaine spiritualité ?

Nicolas Cazalé. - Oui, mais je n'arrive pas à la faire passer par l'intermédiaire d'une religion. Je peux aller prier aussi bien dans une synagogue que dans une église ou une mosquée. Quand je suis allé en Israël, je ne suis pas entré uniquement dans les synagogues. J'ai côtoyé des Arabes. Ça me fait mal au cour de voir des gens qui prient la Thora, font le ramadan pour après loger une balle dans la tête d'un enfant. L'idée de la religion doit être quotidienne. Le fait d'aller à la messe tous les dimanches matin ne prouve en rien la bonté de quelqu'un. J'ai été baptisé, j'ai suivi mon catéchisme. Je crois en Dieu mais je n'éprouve pas le besoin de passer par la pratique d'une religion.

Il y a eu un moment dans ma vie où je voyais mes deux petits frères blancs aux yeux bleus alors que j'ai les yeux noirs, je suis typé. Ça ne me rendait pas joyeux. Je n'avais pas de copains, j'étais assez solitaire. Je n'aimais pas l'école que j'ai découverte sur le tard. J'ai eu la rage puis j'ai réalisé après un accident qu'il ne faut pas qu'elle t'empêche de vivre. Au contraire. Il faut savoir la diriger. La rage doit être dans la persévérance sinon tu prends des claques. C'est pourquoi je suis allé, imperturbable, passer des centaines de castings et que j'ai finalement travaillé et fait de belles rencontres : Pasolini, Gaël Morel et maintenant Pierre Richard qui lui aussi m'a fait confiance.

Entretien réalisé par Michèle Levieux